
Coton, paille et petites fleurs : jusqu’à quand Belle des Champs va-t-elle s’épanouir sans votre garde-robe ?
Une embellie rustique sillonne les paysages ensoleillés de la mode. Les rayons de la célébration de la néo-fermière à la sensualité hamiltonienne darderont-ils après l’été ? En octobre dernier, les bergères coiffées d’épis de blé argentés et chaussées de sabots fleuris sous la gigantesque ferme en bois du XVIIIe siècle du défilé printemps été de la maison Chanel auront le mieux exprimé cette tournure arcadienne, et donné le la bucolique à bon nombre de créateurs. Louis Vuitton pare les sabots de talons vertigineux, la paille est tissée en panier de luxe chez Dolce & Gabbana, les écussons fruitiers quittent les toiles cirées pour égayer les longs jupons d’Yves Saint-Laurent et les espadrilles de Robert Clergerie foulent d’un pas léger le macadam urbain. Et les pièces estivales aux motifs floraux se déclinant en bouquets de roses sauvages ou en Liberty plus sage se comptent en aussi grand nombre que des pétales de marguerite dans un pré sauvage. Même si le but n’est pas de nous abreuver d’un énième revival baba-cool, les silhouettes en crochet de coton délicatement garni d’imprimés ingénus poussent parfois le thème pastoral un peu loin dans la caricature (même la punk Vivienne Westwood y est allé de son total look champêtre). La raison ? La mort du faste et du clinquant qui redirige notre attention sur les valeurs fondamentales que sont la nature et la tradition.
UTOPIES PAYSANNES
Fashion conséquence de la crise : en recourant au folklore caractérisé par l'idéalisation de l’imaginaire rural et un certain sens de la moralité qu'incarnerait le paysan dans son rapport à la terre, l’esthétisme champêtre s’oppose à l’artifice et à l’ostentation de la décénie qui s’achève. Ainsi, le retour du sabot, symbole de la paysannerie laborieuse promue it-shoe de l’été, nous est imposé comme contre poids au contexte économique. « Le recours aux clichés rustiques permet de conjurer le malaise collectif actuel » expliquent Sylvie Thévenet, chargée de recherche et Elisabeth Dard, directrice de la mode au bureau de tendance Peclers. Mais cette mode gorgée de romantisme rousseauiste amorce-t-elle véritablement un retour aux sources ?
Ces codes vestimentaires campagnards s’apparentent à une entreprise de séduction qui repose sur la croyance ébranlable du paysan qui fleure bon une authenticité qui n’existe plus en dehors de sa portée symbolique. « L’inspiration campagne dans laquelle nous baignons est fantasmée, elle ne correspond aucunement à la réalité de la vie et des habitudes vestimentaires du monde rural d’aujourd’hui, observe Elisabeth Dard. Ce qui nous inspire, c’est la richesse des utopies paysannes d’où quelle vienne et l’idée de valeurs d’antan où l’homme vivait en harmonie avec la nature ». La parure Belle des Champs vise à nous éloigner, du moins pour un temps, de l’image de la consommation irraisonnée. Un refuge au bord des sentiers battus d’un territoire sans repère.
NAPOLEON A LA CONQUETE DE L’AMERIQUE
Cette rassurante floraison devrait continuer l’été prochain poursuit Elisabeth Dard : « Nous travaillons à partir des codes vestimentaires ruraux des immigrés européens s’installant en Amérique à la fin du XIXe siècle. Ceux qui sont à l’origine de l’American Folk Art. Cette inspiration a des chances de durer plusieurs saisons. Elle sera réinterprétée avec plus de twist et de décalage, avec toujours la poésie et la légèreté comme éléments fédérateurs de cette tendance ». Les germes de ce qui constituera notre champ automnal, inspiré de l’art américain populaire rural et naïf, ont donc été semés il y a cent ans.
D’accord sur le fair que ces valeurs « ADN de notre patrimoine », ne perdront pas pour le saisons à venir « cet impact floral et poétique », Corrine Denis DA du bureau de conseil en mode Martine Leherpeur et professeur à l’Institut français de la mode, pense qu’elles seront « travaillées sur un mode plus boudoir avec des fleurs esprit Napoléon ». Napoléon mêlé à la conquête de l’Amérique ? Laissons la mode de l’été 2011 réinventer l’Histoire puisque « la vérité historique est souvent une fable convenue », selon l’Homme du bicorne.
F.M

