mardi 6 octobre 2009

PEKIN BY NIGHT // Article paru sur Technikart.com // 8 septembre 2008


 Quoi de plus excitant qu’une balade « à l’arrache » la nuit dans Pékin? C’est ce que nous propos Paris Dernière ce vendredi 13 juin à l’occasion d’une émission spéciale consacré à la capitale Chinoise. A travers le regard-caméra avide (parfois vide?) de Xavier de Moulins, Pékin Dernière offre un balayage express des contradictions qui structurent cette ville nouvellement érigée en fief de la branchitude.

Peur et fantasme

Depuis les émeutes Tibétaines et les troubles autour de la flamme olympique, nos impressions sur la Chine sont pour le moins confuses. Si le pays ne cesse de susciter fantasme et fascination dans l’imaginaire collectif, il reste une source d’inquiétude, considéré pour certains comme un élément perturbateur pour la sûreté mondiale au même titre que l’Iran ou le Pakistan. De Mao Zédong à Hu Jintao, on ne peut nier la transformation profonde et rapide de la Chine. Mais cette normalisation libérale qui a contraint le pays à ouvrir son marché aux capitaux étrangers pour rentrer de plein-pied dans le système économique mondial n’a en rien affaibli son caractère opaque et secret.

Une énième capitale de la hype ?

En donnant, entre autres, la parole à des tauliers de clubs réservés aux beautiful people (Sébastien Noat et Henry Lee), à des héritiers du pop art dont les œuvres se vendent à prix d’or à de Paris à New York (les frères Gao) ou encore à des acteurs de la nouvelle scène rock chinoise (Ziyo), Xavier de Moulin esquisse un paysage fragmenté, peuplées aussi bien de freaks et de happy few que d’ouvriers exploités et de laissés pour comptes. Une façon pour lui de nous inviter à observer, à travers le regard de ces protagonistes tous impliqués de façon différente dans l’histoire de leur pays, des situations paradoxales qui renvoient aux rouages d’un régime lui même bardé de contradictions.

  Mais si l’objet de ce Pékin Dernière était de capter l’atmosphère des manifestations nocturnes et culturelles d’une société hautement hiérarchisée et compétitive en pleine mutation économique et identitaire, c’est assez raté. Des hauts lieux de l’art contemporain chinois aux soirées du Block 8, les fashionistas se mêlent aux mafieux, les artistes aux night-clubbers, le tout dans une sorte de méandre sans identité très nette, sinon celle de la jouissance absurde et souvent exagérée de son image et de sa réussite financière. Même si le propos de l’émission semble être celui de nous détachés de nos clichés sur la Chine, la mise en scène et le choix des interlocuteurs nous renvoient à des théories pour le moins convenues.

« Je me sens aussi libre en Chine qu’aux Etats-Unis », avance sans rire Alan Wong, entrepreneur et archétype du « nouveau riche », ce produit issu d’une société contaminée depuis près de trente ans par la rapacité de l’économie libérale. Pourtant, comme beaucoup de chinois, Alan devient très évasif quand est évoqué l’épineux problème de JO ou encore les « mots interdits » que sont communisme et capitalisme. Trop parler de politique provoque même chez lui d’incontrôlables sourires gênés qui en disent long sur cette société où il est de bon ton de sauver les apparences en parlant le moins possible.

Et c’est là que le bas blesse : cette apparente absence de volonté de la part de Xavier de Moulins de dépasser les bornes de la transgression pour nous faire sentir pleinement la dimension libertaire de sa démarche. Un problème de format sûrement. Car, en trop s’attardant sur des bouts de récits décousus et en alignant à la vas-vite des péripéties qui se veulent cool et stylées, le résultat d’un documentaire neutre et inabouti avec un arrière goût de déjà vu, sans folie ni démesure, paraît inévitable. Dommage.

Texte par Fanny Menceur

Pékin Dernière diffusé sur Première Première, vendredi 13 juin 2008.

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