
Sur le flamboyant I’m Going Away, The Fiery Furnaces retrouve l’indolence défoncée des épopées sixties. On se tire avec eux.
Un frère, une sœur. Avec huit albums en six ans, les Fournaises Ardentes font figure d’exception sur la scène new-yorkaise. Depuis le premier galop Gallowsbird’s Bark (2003), Eleanor et Matthew Friedberger cultivent un songwriting décalé loin du snobisme local. « On n’évolue pas dans les mêmes sphères. On ne se revendique d’ailleurs d’aucune scène. » En 2000, ils quittent Chicago et la maison familiale. Migrent à New York City. Scellent The Fiery Furnaces, dont le nom s’inspire du film Chitty Chitty Bang Bang de Ken Hugues (1968). Puis construisent leur réputation scénique en ouvrant pour Franz Ferdinand – le chanteur Alex Kapranos est accessoirement le petit ami d’Eleanor – et de The Shins. Producteur-compositeur multi-instrumentiste, Matt a des airs de Robert Helpmann dans l’adaptation des Contes d’Hoffmann de Michael Powell, tandis que d’une voix râpeuse, Eleanor griffonne des chansons au phrasé affûté tout en chérissant Ronnie Lane, l’intraitable bassiste des Small Faces. Adoubé par Greil Marcus, Gallowsbird’s Bark évoque aussi Muddy Waters ou Pete Townshend. Le suivant, Blueberry Boat, épate par son jusqu’au-boutisme.
Cinq ans plus tard, c’est dans un entrepôt de Brooklyn que le duo, par ailleurs fan de King Crimson ou du poète Vachel Lindsay, a couché sur bande I’m Going Away, quarante-sept minutes braquées sur l’âge d’or du rock sixties-seventies grâce auquel ces garnements ont appris leur solfège. « On voulait d’un disque intemporel, qui sonne comme un classique. » Jason Loewenstein (Sebadoh), qui les accompagne souvent live, a piloté le mixage et assuré le coup de patte à la basse.
Blues biscornu
Dès l’ouverture, l’entrain l’emporte – celui des guitares badines et des ruades rythmiques. Dans ce vent de liberté cohabitent réussites (Charmaine Champaigne) et mélodies plutôt embryonnaires (Keep Me In The Dark). Ces sautes d’humeur font justement la pétulance du disque, assurément leur plus pop – de la pop dissipée, guinchant du côté du blues biscornu (Cut The Cake), de l’improvisation potache (Cups And Punches) et de la sève psychédélique (Even In The Rain). Ceci sans perdre de leur cachet habituel, ces mélopées hallucinées, ce groove iconoclaste. Les chansons s’enchaînent, de plus en plus subtiles – impeccables Staring At The Steeple et Lost At Sea – jusqu’au conquérant Take Me Around Again. Au final, un trait d’union maîtrisé entre rudesse et sophistication, réflexion et pur instinct. L’avenir ? « On se verrait bien devenir le groupe américain le plus populaire de France. On aurait un studio dans les usines Airbus à Toulouse. » Attachez vos ceintures.
Texte par Fanny Menceur.
The Fiery Furnaces I’m Going Away (Thrill Jockey Records)


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