mardi 6 octobre 2009

BOOTY FRUTTI // Article paru dans Standard n°24 spécial fesse // juillet-août-septembre 2009


Dotées de miches éléphantesques, elles soulèvent les foules et mettent les plateaux télés brésiliens sans dessus-dessous. La main au panier des mulheres-frutos ? tudo bem  des mulheres-frutos.

Si le Brésil est connu pour avoir consacré les attributs féminins aux formes conquérantes, ces deux dernières années sont plus que jamais celles du derrière, hardi et abondant avec l’apparition d’Amazones d’un nouveau genre : les « femmes-fruits ». De la Femme-Pastèque à la Femme-Fraise en passant par la Femme-Melon, ces prêtresses vitaminées se sont construites une religion médiatique à leur mesure en érigeant leur arrière-train XXL en véritable étendard du Moi. Terrains de prédilection : les concerts baile funk, cher aux jeunes des classes moyennes de Rio. Pilier de la culture carioca depuis près de trente ans, le funk de Janeiro mixe percussions locales et Miami bass, dérivé du hip hop. Sur scène, les DJs dictent la cadence aux danseuses en micro-short humide, qui secouent énergiquement leurs croupes saillantes devant un public captivé. Chaleur, moiteur et gestes outrageux : a priori, rien de très neuf sous le soleil. Sauf que personne n’imaginait, il y a encore un an, que ces mulheres, auprès desquelles Jennifer Lopez ressemble à une sole meunière, deviendraient les ambassadrices d’un néo-hédonisme brésilien.

La Pastèque, « passion nationale »

Tout commence en janvier 2008. Le phénomène Andressa Soares, la Femme-Pastèque, relève du miracle de son invention : celle d’une danseuse d’à peine 20 ans, sosie de Margo Winchester, originaire de la banlieue de Rio, se faisant une place sous les sunlights médiatiques au point d’être désignée « passion nationale » par la presse. La pastèque humaine dévoile un tour de hanches gargantuesque (cent vingt centimètres !) et ses performances, labellisées par les productions du chanteur Sergio Costa alias MC Creu (prononcer Créo, « baise rapide ») en font une arme de séduction massive. Andressa incarne alors le culte du corps auprès d’un (grand) public qui n’a de cesse de célébrer sa croupe. Les télévisions la réclament sur des plateaux chauffés à blanc, pour des apparitions qui révèlent moins ses talents de chanteuse proches du néant que son fessier sacrément charpenté. La coquine, qui dit « danser pour le plaisir », exploite avec brio le business plan de son tout récent statut : après deux tubes tendance Socca Dance à son actif, (Célibataire mais jamais seule et Velocidad 6), Playboy lui consacre trois couvertures en un an, une marque de lingerie sexy en fait son icône et les Unes des tabloïds la dégustent à l’envi. Ce mélange pétulant de bonne fortune et de ramdam marque le début d’une lignée de femmes-fruits.

Bain de chantilly

Dernière tête de gondole du groupe Creu, Ellen Cardoso, 26 ans, a été couronnée Femme-Fraise avec des miches de cent dix centimètres, avant de signer avec Rede TV pour une émission au titre incantatoire – La Baignoire de la Fraise – dont le principe repose sur une chasse aux fraises dans un bain de chantilly. Elles sont les premières à démystifier l’adage misogyne de la cachorra popoduza (la salope au gros cul) tirée de l’abîme des favelas. Héroïnes de leur propre carrière, le rôle des femmes-fruits s’apparente à celui d’icônes érotiques, tendance quasi-déserte au Brésil. Au geste, elles joignent la parole dans une même envie de faire partager leurs plaisirs : « Mes fesses sont précieuses, j’en prends grand soin. Quel problème devrais-je avoir à allier travail et plaisir ? », affirme Renata Frisson, la Femme-Melon, un bolide caniculaire d’un mètre soixante-huit avec des fesses en pare-choc, qui officie aux côtés de MC Frank. Cette conviction assumée dans l’art de taquiner les sens suscite l’interrogation : montrer ses fesses pour s’affranchir, arme de séduction et/ou d’ascension ?

Mordre le cul d’un artichaut

L’écrivain Jean-Luc Hennig a exploré l'imaginaire des fruits et les représentations érotiques qu’ils produisent. « Il n'est pas inutile d'interroger le désir que nous pouvons avoir à caresser une poire, à déshabiller un bulbe de fenouil, à peler une orange à vif ou à mordre dans le cul d’un artichaut. » Emblème de la féminité, la pastèque et le melon présentent les pépins et la sève, deux éléments symbolisant la fécondité. La couleur rouge de la fraise rappelle quant à elle la passion. Ses ramifications nébuleuses étendent ainsi un large panel de pensées lubriques. Est-ce pour cette raison que ces bimbos charnues ont été élevées au rang au de divinités charnelles ? Le raccourci serait bref. Le phénomène trouve une part de son origine dans l’héritage afro-brésilien à travers lequel les habitants d’aujourd’hui intègrent la teneur ludique de l’érotisme dans un réseau de valorisation sociale. Les jeux haletants du bassin possèdent une charge sensuelle revendiquée dont le plaisir pour le moins ostentatoire que les femmes-fruits semblent y prendre suppose une plénitude sexuelle. Dans ces conditions, comment ne pas être friand de ces sexy gourmandises qui mettent l’eau à la bouche et le sourire aux lèvres ? Ce serait un péché que de ne pas savourer l’effet chauffant des festins dont les femmes fruits gratifient.

Texte par Fanny Menceur

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